Préambule | Exposé des motifs
L'engagement | Membres fondateurs

 

Préambule Δ

Depuis les temps immémoriaux, il est du devoir de chaque peuple de se déterminer face à son destin et de ne pas céder au fatalisme.
Chaque communauté a l'impérieux devoir de réfléchir sur les voies et moyens qui vont redonner la dignité à ses populations; les expériences prouvent à suffisance que cette mission est souvent l'oeuvre d'un individu ou un groupe d'individus.
La nécessité, l'aspiration et le désir d'accéder au mieux être sont un préalable sine qua non à tout processus de changement dans une société.
Ce besoin est criant aujourd'hui plus qu'hier pour les peuples de la République Démocratique du Congo en général et les Kasaïens en particulier.

Pour les peuples du Kasaï, il est temps de sortir de l'ordre du questionnement habituel et de l'attentisme inhibant qui caractérisent et paralysent notre pensée; de se dégager de cette torpeur qui se manifeste par notre incapacité de nous assumer aujourd'hui pour assurer un destin meilleur à venir pour le Kasaï.
Le peuple du Kasaï doit prendre conscience et reconnaître ses faiblesses, scruter ses valeurs supérieures en vue de la résurgence culturelle et identitaire pour enfin améliorer son image et lutter contre toute forme d'aliénation portant un frein à son développement et à son bien être.
L'Etat congolais, par la pratique à outrance du centralisme, a infantilisé les populations et provoqué des attitudes attentistes et irresponsables, des attitudes de désintéressement qui ne peuvent que nuire aux efforts que veulent déployer les régions et provinces pour leur développement et l'épanouissement de leurs populations.

L'état des lieux de la RDC n'inspire guère l'optimisme, car chaque jour qui passe, les femmes, les enfants et les hommes s'appauvrissent davantage et meurent pour diverses raisons tandis que d'autres naissent condamnés d'avance puisque sans avenir.
Cet état des choses que l'on retrouve à l'échelle nationale est plus que remarquable dans les provinces du Kasaï; le délabrement du tissu social, la misère croissante, l'absence d'infrastructures de base, les carences en matière d'éducation et de santé, ne peuvent que pousser les ressortissants du Kasaï à mettre un point d'honneur à leurs actions en faveur de leurs provinces; non d'une manière sectaire mais d'une manière collective avec à la base un sentiment de patriotisme.
Le Kasaï est riche de sa diversité culturelle; ainsi, fort de la richesse de nos différences, c'est à travers l'unité des coeurs et d'esprit en référence à nos origines communes "NSANGA A LUBANGU" et dans le cadre d'un lobby réel entretenu par les ressortissants Kasaïens de l'extérieur que nous pouvons demain construire autour des valeurs positives telles que: la fraternité, la solidarité, la responsabilité, l'honnêteté, la liberté et le sens du dévouement.

Exposé des motifs Δ

Depuis quatre décennies, la République Démocratique du Congo connaît une régression logarithmique et un sous-développement inqualifiable dans tous les domaines. La situation politique, économique et sociale de ce pays est catastrophique et lamentable; surtout dans les provinces du kasaï.
Notre pays a maintenu jusqu'à ce jour une structure économique héritée de la colonisation, caractérisée essentiellement par une forte extraversion, une désarticulation prononcée de son tissu industriel et le dualisme de son mode de production. Il est également caractérisée par une politique de développement trop centralisée au dépend de l'hinterland.

Le pays regorge d'immenses potentialités très variées et présentes sur toute l'étendue du territoire national ainsi que des capacités suffisantes pour promouvoir une économie introvertie, intégrée et entièrement modernisée. Plus de la moitié du pays est couverte par la forêt, soit une superficie de 125 millions d'hectares, qui représente 6% des réserves tropicales mondiales et une production potentielle de près de 6 millions de m3 de bois par an.
Les réserves minières sont immenses et inestimables; le pays dispose des étendues de terres arables qui s'étendent sur 80 millions d'hectares dont seulement 1% est cultivé. La végétation peut supporter un élevage intensif d'environ 40 millions de têtes de gros bétail. Elle est à cheval sur l'équateur; ce qui confère au pays une diversité de climats, appuyée par un réseau hydrographique dense et une pluviométrie supérieure à 1000 mm par an.
Les côtes atlantiques, le fleuve Congo ainsi que les lacs et rivières intérieures ont un potentiel halieutique estimé à 700.000 tonnes de poissons par an.
Les capacités hydroélectriques sont estimées à 100 millions de kwh.
Au delà des potentialités naturelles et humaines décrites ci-dessous, l'économie congolaise présente un autre atout majeur, celui d'être extrêmement sensible aux impulsions internes et externes et d'offrir des opportunités non encore exploitées.

Cependant, ces richesses ainsi que toutes les opportunités de développement dont dispose la République Démocratique Congo contrastent avec la pauvreté criante de sa population et sa classification parmi les "Pays les Moins Avancés" (PMA).
La détérioration du tissu économique, l'instabilité politique et l'aggravation de la situation sociale accentuées durant les deux dernières décennies résulte de la conjugaison des facteurs internes et externes.

Sur le plan interne, il y a lieu de relever:

  • L'impréparation à l'accession à la souveraineté nationale et l'instabilité politique qui s'en est suivi;
  • L'opération "zaïrianisation" des années 70, laquelle au lieu de libérer le peuple sur le plan économique n'a été qu'une opération de pillage organisée par le pouvoir en place. Le tissu sémi-industriel en fut complètement détruit;
  • L'absence de paix suite aux deux guerres du Shaba et à l'enclenchement en avril 1990 d'un long processus de démocratisation, marqué par des troubles sociopolitiques et une guerre d'agression depuis 1996;
  • La dégradation des infrastructures économiques due aux pillages de 1991 et 1993 ayant comme corollaire "le génocide des Kasaïens de 1992";
  • L'absence d'une vision à long terme de problèmes de développement économique et social et le manque d'une réelle volonté politique de bien conduire les réformes appropriées;
  • La mauvaise gouvernance caractérisée par des politiques budgétaires et monétaires inflationnistes, l'absence de dialogue franc avec les partenaires sociaux, le dérèglement de l'appareil judiciaire et le disfonctionnement de l'administration publique;
  • La faiblesse de ressources intérieures qui reflète celle de l'épargne intérieure et qui se décline par un niveau très bas de la formation brute du capital fixe n'a pas apporté le flux nécessaire à l'activité de production;
  • Le bas niveau de développement industriel et technologique qui expliquent l'instabilité sociopolitique, les distorsions induites par de fréquents changements de politiques économiques et l'atonie de la demande intérieure;
  • Les insuffisances de capacités humaines qui se déclinent en de faibles taux de scolarité, en l'absence de politique de formation permanente, de couverture sanitaire et en une forte prévalence de maladies contagieuses comme le paludisme, la tuberculose, l'hépatite et VIH/sida;
  • La faiblesse des exportations et leur concentration essentiellement sur les produits miniers, ce qui se traduit par une dépendance accrue aux produits importés et une diminution considérable du PIB.

Sur le plan externe, il y a lieu de relever:

  • Le soutien des régimes politiques instables;
  • Le financement des projets éléphantesques et moribonds;
  • La suspension de la coopération tant bilatérale que multilatérale depuis le massacre des étudiants sur le campus de Lubumbashi en 1991;
  • L'arrêt des programmes d'ajustement structurel;
  • Le poids écrasant de la dette extérieure et intérieure;
  • Les guerres successives etc...
  • Les effets des promesses non réalisées de stratégies globales de développement au plan national ont eu des conséquences graves dans les provinces, surtout dans les provinces du Kasaï où les quelques investisseurs étrangers courageux et amoureux du Congo ne pouvaient se rendre parce qu'elles constituaient des zones minières inaccessibles aux étrangers.

L'engagement Δ

Eu égard à ce qui précède, nous membres fondateurs de l'UNION KASAïENNE DE L'EXTERIEUR, conscients de nos responsabilités devant Dieu, les hommes, la nation et l'histoire, avons rédigé la présente charte de bonne conduite qui doit être et rester un document de référence et d'engagement personnel et collectif, auquel l'adhésion est librement consentie pour toute Kasaïenne et tout Kasaïen en vue de susciter une liberté de pensée, d'action et un élan de solidarité dans le cadre de l'épanouissement de nos populations meurtries et martyrisées en qualité de citoyens à part entière et dans les limites de la sauvegarde de l'intérêt général.

En adoptant cette charte de bonne conduite, nous membres fondateurs de l'UNION KASAïENNE DE L'EXTERIEUR (UKE):

  • Avons reconnu la nécessité de prendre nos responsabilités pour offrir un appui indispensable aux décideurs politiques et économiques des deux Kasaï dans la vision de réaliser l'objectif d'un développement socio-économique durable et d'une politique stable;
  • Croyons au rôle déterminant d'une société civile active dans le cadre de la décentralisation et développement régional;
  • Excluons toute tendance au séparatisme et tout esprit de tribalisme;
  • Croyons à un développement régional fondé sur des valeurs fondamentales de référence sur lesquelles reposent toute action et toute organisation humaine qui aspire à traverser positivement le temps;
  • Déclarons délibérément en ce jour de la création de l'UNION KASAïENNE DE L'EXTERIEUR (UKE) prendre les engagements suivants:

    A. Nous nous engageons individuellement et collectivement, au nom de nos provinces et de nos populations, à promouvoir le développement économique et social en vue d'accroître l'autonomie et favoriser un développement endogène et auto-entretenu.

    B. Nous nous engageons individuellement et collectivement, au nom de nos provinces et de nos populations à promouvoir des politiques axées sur le respect des droits de l'homme et des peuples à se déterminer pour leur propre développement.

    C. Nous nous engageons individuellement et collectivement au nom de nos provinces et de nos populations à soutenir les politiques basées sur une nouvelle pensée du modèle économique congolais en général et en particulier Kasaïen. Passer d'un modèle économique extraverti vers la construction d'une économie indépendante.

    D. Nous nous engageons individuellement et collectivement au nom des nos provinces et de nos populations, d'oeuvrer pour une croissance économique forte, soutenable, équitable et durable, menée de pair avec la lutte contre:
    D.1- la pauvreté
    D.2 - le chômage
    D.3 - l'exode rural
    D.4 - la corruption

    E. Nous nous engageons individuellement et collectivement au nom de nos provinces et de nos populations pour:
    E.1 - accorder une place importante à tout ce qui touche au développement de ressources humaines en commençant par l'élimination de l'analphabétisme;
    E.2 - mettre la science et la technologie au service du développement en renforçant les capacités autonomes de nos jeunes dans ces domaines;
    E.3 - atteindre l'autosuffisance alimentaire en ce qui concerne la production et les approvisionnements;
    E.4 - développer sur le plan local les compétences nécessaires afin de permettre à nos populations de prendre une part active aux efforts entrepris pour atteindre nos objectifs.

    F. Nous nous engageons individuellement et collectivement au nom des nos provinces et de nos populations pour assigner au secteur agricole un rôle de principale source de la croissance au Kasaï et ce:
    F.1 - en appuyant les structures paysannes;
    F.2 - en privilégiant l'agriculture vivrière locale et, par conséquent, assurer une protection sélective des filières de production locales contre les importations et l'aide alimentaire permanente;
    F.3 - en mettant l'accent sur la recherche agronomique qui commencerait par la réhabilitation des instituts de formation technique agricole existants, à défaut en créer sur l'étendue de deux Kasaï.

    G. Nous nous engageons individuellement et collectivement, au nom de nos provinces et de nos populations pour faire du développement des Petites et Moyennes Entreprises (PME) dans nos provinces un facteur déterminant pour:
    G.1 - satisfaire des besoins fondamentaux de nos populations;
    G.2 - valoriser les ressources naturelles locales;
    G.3 - créer l'emploi dans nos provinces;
    G.4 - moderniser la société kasaïenne.

    H. Nous nous engageons individuellement et collectivement, au nom de nos provinces et de nos populations à redéfinir un projet éducatif, c'est-à-dire:
    H.1 - former le Kasaïen à l'intérêt général; lui insuffler les vertus de l'union et de loyauté politique, de gestion économique ainsi que du respect de la culture;
    H.2 - former le Kasaïen de telle sorte que sa créativité sociale soit renforcée et fortifiée;
    H.3 - rendre le Kasaïen capable d'assurer la responsabilité et la progression de son niveau de vie, de l'élévation de sa conscience;
    H.4 - doter le Kasaï des femmes et des hommes capables de contribuer à la mise en valeur du territoire pour une croissance durable;
    H.5 - encourager la formation des agents de vulgarisation de l'agriculture, des agents du développement communautaire et tous les autres agents ruraux dans l'optique d'une croissance locale;
    H.6 - encourager la méthode de l'apprentissage dans le domaine de la formation artisanale;
    H.7 - mettre en relief un enseignement valorisant les compétences de la femme.

    I. Nous nous engageons individuellement et collectivement au nom de nos provinces et de nos populations à favoriser la mise en place d'un système de santé basé essentiellement sur:
    I.1 - la prévention des maladies infectieuses et transmissibles;
    I.2 - la prévention des maladies héréditaires;
    I.3 - la prévention des accidents et maladies accidentelles non transmissibles;
    I.4 - le renforcement des centres pour la formation du personnel de santé;
    I.5 - le renforcement des centres de santé maternelle et infantile, afin d'améliorer la situation nutritionnelle;
    I.6 - la mise en valeur des technologies pour l'approvisionnement suffisant en eau salubre;
    I.7 - la mise en valeur des praticiens traditionnels et l'intégration de la médecine traditionnelle aux structures de la médecine moderne, en particulier dans les zones rurales;
    I.8 - l'amélioration des installations et services médicaux et infirmiers dans les zones rurales.

    J. Nous nous engageons individuellement et collectivement, au nom de nos provinces et de nos populations, à mettre l'accent sur une politique culturelle qui tienne compte des réalités socioculturelles et historiques de nos provinces afin d'assurer le meilleur développement et consolider notre identité culturelle.

    K. Nous nous engageons individuellement et collectivement, au nom de nos provinces et de nos populations à restaurer les voies de communications et valoriser le transport dans le but:
    K.1 - de désenclaver les communautés rurales sur l'ensemble du territoire Kasaïen;
    K.2 - d'augmenter le volume des échanges des biens entre les différentes zones;
    K.3 - d'offrir à la population des voies de communications sûres;
    K.4 - d'ouvrir des voies pour le flux humains et commerciaux avec les autres provinces du pays.

    L. Nous nous engageons individuellement et collectivement, au nom de nos provinces et de nos populations pour une redéfinition de la politique énergétique basée sur:
    L.1 - la nécessité de dresser un bilan exhaustif de toutes les ressources énergétiques, de leur potentialité, de leurs possibilités de développement y compris les équipements adéquats;
    L.2 - la nécessité d'entreprendre des actions communes entre toutes les zones composant le Grand Kasaï, pour le développement et l'utilisation des ressources énergétiques existantes et à venir;
    L.3 - la nécessité d'intensifier la mise en valeur des sites hydro-éléctriques de deux Kasaï;
    L.4 - la nécessité de la mise en valeur des ressources nouvelles et renouvelables d'énergie (énergie solaire, éolienne, biomasse et autres).

    M. Nous nous engageons individuellement et collectivement, au nom des nos provinces et de nos populations à encourager une politique de l'habitat et du développement urbain tout en mettant l'accent sur la protection de l'environnement.

    N. Nous avons la ferme conviction que ces engagements conduiront à la prise de conscience collective et à l'édification d'un développement auto-entretenu du Grand Kasaï.

    O. Avons décidé d'accorder une attention toute particulière aux débats politiques sur le développement du Grand Kasaï et invitons tout Kasaïen soucieux de cette question à souscrire à cette charte du développement du territoire.

Membres fondateurs Δ

M. DIELA BALANGANAYI Victor
M. CAIEMBE Bob Roberto
M. MUDOY Valérien
Dr MPIANA Thomas
M. KANDE Dieudonné
M. BEYA KOMBE Richard
M. MUTOMBO Jean-Claude
M. MISAKABO Jean-Pierre

Fait à Bruxelles, le vingt six mai deux mille quatre